« ...40°, 50° puis bientôt
60°, les minutes s'écoulent lentement, malgré le bruit sourd de
l'eau derrière nous, on ressent fort le battement de nos cœurs... »
Tout a commencé ainsi :
Départ de Morro de Sao Paulo, nous
disons au revoir aux copains, et après une très belle petite nav,
nous retrouvons à nouveau des bateaux copains en posant la
« pioche » à l 'entrée de la Baie de Camamu : que
le monde est petit et quel plaisir de siroter une « caïpi »
à bord d'Altep, le bateau de Françoise et Abel rencontrés à Dakar
et revus à Salvador. Surtout que le cadre s'y prête : une
tranquillité absolue, un beau couché de soleil, une plage bordée
de cocotier aux pieds du bateau. La baie de Camamu semble nous
promettre de délicieux moments...
Après avoir passé une journée à
buller (école pour Jules, bricolage pour Chris, plage et bains à
l'arrière du bateau), nous avons entamé la remontée de la Baie
avec une escale dans la petite ville charmante de Marau. Nous y avons
fait le plein de frais (œufs, légumes, pain), nous avons
miraculeusement trouvé une connexion internet dans un cyber -
flambant neuf qui venait certainement d'ouvrir la veille – et
Christophe a bien préparé sa navigation pour l'étape suivante :
rejoindre les cascades de Cachoeira de Tremembé en empruntant un
petit bolong dans la mangrove non cartographié et difficile d'accès.
L'objectif étant d'arriver à la
cascade à marée haute pour bénéficier du maximum de hauteur
d'eau, nous levons l'ancre mardi midi et nous dégustons en
navigation le délicieux cake aux olives cuisiné le matin même avec
la précieuse aide de Jules ! Nous arrivons devant le petit bras
de rivière qui permet d'accéder à la cascade … concentration
maximum, les yeux rivés sur le sondeur... ouf, ça passe malgré
deux passages délicats où le sondeur affichait « 00.00 »
et pour lesquels Chris a dû mettre un petit coup d'accélérateur
pour forcer un peu la vase.
A 14h, voici Titeuf mouillé aux pieds de la cascade. Le cadre est magique, nous sommes les plus heureux du monde. Jules est ravi. Clarisse, comme à son habitude, suit le mouvement le sourire aux lèvres. Nous savons par les bateaux copains qu'en plus des charmes de la cascade, le lieu offre une autre surprise de taille : un petit resto campement, caché dans les arbres, à deux pas, dont les gérants ultra sympa cuisinent à merveille les écrevisses pêchées dans la rivière. Après la baignade dans les eaux de la cascade et la balade dans la forêt avoisinante, nous voici donc attablé chez Uva et Nilton dont la gentillesse, l'hospitalité, la simplicité et la bonne humeur nous émeuvent encore aujourd'hui. Une très très belle rencontre. Nilton nous a cuisiné des écrevisses « à tomber par terre » accompagnées d'une caïpirinha au citron rose et d'une feijoade raffinée. Le tout sur des tables en bois, au milieu de la forêt, éclairée par une simple ampoule (alimentée par un moulin), avec pour seul bruit les cris des animaux nocturnes et en fond le grondement sourd des eaux de la cascade... Ah, non j'allais oublier, il y avait aussi le rire généreux de nos hôtes et les commentaires de Jules : « C'est trop bon les Pitu papa » (pitu = écrevisses en portugais).
Après cette magnifique soirée, nous
avons pris le chemin du retour et à la lampe torche nous avons
rejoint le ponton où était amarré notre annexe. Et là …
surprise, stupeur : Titeuf est penché. 40° de gîte. Nous
devons nous rendre à l'évidence : nous sommes échoués et
nous ne sommes pas encore à marée basse. Oups...
Comment cela a-t-il pu arriver ?
Par la concordance de trois informations approximatives qui nous ont
induit en erreur :
D'abord le guide nautique sur lequel il
est écrit que « l'on mouille devant la cascade dans 2 mètres
d'eau » ; Titeuf faisant 1m50 de tirant d'eau, pas de
problème. Habituellement, toutes les indications de hauteur d'eau
dans un guide ou une carte sont données à marée basse mais là
non, c'est à marée haute. Vous me direz qu'on aurait pu s'en rendre
compte en arrivant. Certes, sauf que Françoise et Abel sont venus
passer une nuit à cet endroit sans problème et ont un tirant d'eau
de 1m30 donc quasiment équivalent au nôtre. Ce que nous avons
réalisé plus tard, c'est que leur bateau peut s'échouer en
béquillant et que c'est certainement ce qu'ils ont fait....Enfin,
nous avions croisé Gaël de Yakapartir qui nous avait dit que les
jeunes du coin avaient affirmé qu'avec 1m80 il passait..
Bien malgré nous, voici notre Titeuf,
couché sur le flan, en pleine nuit avec deux enfants fatigués mais
imperturbables (c'est absolument fou, ils n'ont fait aucun
commentaire comme si cela leur paraissait tout à fait normal quand
on leur à dit : « Ça penche un peu, les chéris, ne vous
inquiétez pas, c'est comme en navigation » ouais, tu parles à
50 ° de gîte, même au prés serré avec toute la voile, on y va
pas... !!! Nous les avons donc couchés tant bien que mal, en
les calant avec des coussins, ils se sont endormis en deux minutes.
Il n'y avait rationnellement rien
d'inquiétant à la situation : Titeuf s'est couché sur du
velours (de vase), dans une eau on ne peut plus calme, avec ses deux
ancres avant et arrière, sans vent : on ne peut rêver mieux
pour échouer, mais quand même : cela fait un drôle d'effet et
c'est à vrai dire très inconfortable.
Le temps nous a paru un peu long...
A 22h30, marée basse et gîte maximum
à 60° … gloups … Christophe très rationnel m'annonce que sil
'on ne bouge pas, nous allons revivre cette expérience à la marée
basse de demain matin et donc que sa décision était prise :
nous quitterons le mouillage cette nuit même, à la haute mer de
02h30. Ce qui signifie lever les deux ancres et remonter le bolong
délicat en pleine nuit et sans lune qui plus est... re-gloups... et
re-re-gloups !
A 00h30, l'eau remonte et Titeuf
retrouve peu à peu son équilibre. Une demi-heure plus tard, nous
sommes à nouveau à plat... ouf ! Quel soulagement de pouvoir
se mouvoir avec aisance dans le bateau et de pouvoir tout remettre en
ordre. Après un tour du propriétaire, tout va bien : seul
dégât à constater, un paquet de purée mousseline qui s'est ouvert
en tombant et s'est vidé sous le parc de batterie.
A 02h00, nous levons l'ancre et
entamons la remontée du bolong dans la nuit noire en suivant notre
trace GPS enregistrée à l'aller. Nous longeons la mangrove au seul
faisceau de la lampe torche mais tout se passe au mieux et nous
retrouvons la délivrance des eaux profondes... re-ouf !!!!
A 03h00, Chris a tout remis en ordre,
je dors déjà d'un profond sommeil, dans un peu plus de 3h nos
petits trésors vont se réveiller la bouche en cœur, comme si de
rien n'était.
A la demande de Jules, nous sommes
retournés le lendemain midi manger des écrevisses aux pieds de la
cascade mais... en annexe cette fois !
Et pour tout vous avouer, s'il en était
possible, je crois qu'elles étaient encore meilleures que la
veille !
Depuis, nous sommes remontés à la
l'entrée de la baie car nous allons poursuivre la descente vers Rio
mais, pour tout ceux qui dépriment du sale temps en France, rassurez
vous : c'est le déluge ici aussi... les plages de sable blanc
et l'eau cristalline à portée de main sans pouvoir en profiter,
c'est frustrant ! Pour nous consoler, Adelia, une grand mère
qui habite la petite maison sur la plage en face du mouillage, nous a
ouvert cet après midi son magnifique jardin. Elle a généreusement
offert des glaces aux enfants et nous a donné son code wifi, ce qui
nous permet d'avoir internet à bord ce soir alors que nous sommes au
milieu de rien. C'est la magie du voyage.
Et pour finir, même quand il pleut au Brésil, les couchers de soleil sont beaux, on vous met celui de ce soir, juste pour le plaisir des yeux....
impossible d'importer les photos sur le blog (peut être parce-que c'est férié aujourd'hui au Brésil!?!) , alors vous cliquez à droite sur le lien Picassa. merci ou ici: Picassa De Camamu



















